Point de presse sur la vulgarisation du rapport- synthèse sur l’état des lieux de la Recherche-Développement au Burundi

VULGARISATION DU RAPPORT SYNTHESE SUR L’ETAT DES LIEUX DE LA  RECHERCHE-DEVELOPPEMENT AU BURUNDI

  1. CONTEXTE

En date du 26 Février 2020, dans une salle des réunions du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique  a été organisé un point de presse par le Directeur Général de la Science, la Technologie et la Recherche sur l’état des lieux de la Recherche-Développement au Burundi. D’entrée de jeu, Dr NIJIMBRE Claver  a informé le parterre de journalistes qu’avec l’appui financier de l’UNESCO, à travers le  Projet N° 9290112056PPE, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la  Recherche Scientifique avait organisé pour la première fois, via la Direction Générale qu’il pilote, une enquête nationale de collecte des données R&D de 2018dans toutes les structures de recherche œuvrant au Burundi.

Ladite enquête poursuivait globalement l’établissement d’un état des lieux axé sur les forces et les faiblesses de la recherche. Plus spécifiquement, elle était  axée sur les missions principales assignées à la Direction Générale de la Science, la Technologie et la Recherche à savoir :

  • Dresser une cartographie des structures de recherche;
  • Produire un annuaire statistique sur R & D du Burundi à soumettre à l’UNESCO ;
  • Inventorier et faire le suivi des activités de développement des potentialités scientifiques et technologiques nationales en ressources humaines et en infrastructure.

 

Par la suite, l’orateur a bien  souligné qu’aujourd’hui, partout dans le monde, et surtout dans les pays développés, une attention particulièrement croissante est portée sur la Recherche-Développement (R&D) en vue d’accroître la compétitivité économique des pays.

Les indicateurs de R&D sont des outils importants d’aide à la décision et à l’évaluation de systèmes complexes et ce, grâce à des mesures permettant de résumer la situation de ces derniers en un instant bien précis. L’utilisation des indicateurs permet également, à différents acteurs (scientifiques, gestionnaires, décideurs, etc.), de faire un diagnostic le plus objectif possible. Le recours à des indicateurs quantitatifs s’intègre, le plus souvent, dans une approche d’évaluation comparative avec des systèmes similaires ou bien des référentiels régionalement ou universellement soutenus. L’efficacité de cette approche d’évaluation dépend directement du choix d’indicateurs simples à mesurer et qui représentent fidèlement l’état du système à diagnostiquer.

Le Burundi dispose d’une Politique Nationale de la Recherche Scientifique  et de l’Innovation Technologique (PNRSIT) qui date de 2011. Cette Politique comprend 8 domaines prioritaires, à savoir :

  1. Technologie agro-alimentaire ;
  2. Sciences médicales;
  3. Énergie, Mines et Transport ;
  4. Eau, Désertification, Environnement ;
  5. Biotechnologie et Connaissances indigènes ;
  6. Sciences des matériaux, ingénierie et industries ;
  7. TIC, Sciences spatiales et sciences mathématiques ;
  8. Sciences Sociales et Humaines.

La plupart de ces domaines sont couverts en expertise locale même si d’autres spécialistes sont toujours les bienvenus pour développer ce secteur. La mise en œuvre de cette Politique est assurée par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique à travers la Direction Générale de la Science, la Technologie et la Recherche instituée par le Décret N°100/113 du 18 Aout 2018 portant Missions et Organisation du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique.

De plus, une Commission Nationale intersectorielle de la Science, la Technologie et l’Innovation (CNSTI), a été mise en place par le Décret N°100/168 du 16 Juillet 2014 portant Création, Missions, Organisation et Fonctionnement de la Commission Nationale de la Science, la Technologie et l’Innovation, donne des orientations et des avis qui sont exécutés en grande partie par la même Direction Générale. Les membres de cette Commission ont été récemment nommés par le Décret N°100/010 du 31 Janvier 2019.

L’enquête avait pour objectif global d’établir un état des lieux des indicateurs de la R&D pour l’année 2018.

Les objectifs spécifiques étaient notamment de :

  • Établir un état des lieux axé sur les forces et les faiblesses de la recherche au Burundi;
  • Dresser une cartographie des structures/instituts de recherche;
  • Créer une base de données des compétences et la capacité des ressources humaines disponibles dans la recherche;
  • Disposer d’une bonne connaissance des ressources humaines impliquées dans la recherche, les conscientiser et les mettre en réseau
  • Produire un annuaire statistique sur R & D du Burundi.

La section suivante présente la méthodologie utilisée pour cette enquête.

 

II.MÉTHODOLOGIE 

La collecte des données de l’enquête a suivi une approche méthodologique qualitative. Un questionnaire d’enquête a été élaboré et validé. Après identification des structures de recherche auprès desquelles la collecte des données allait être  effectuée, deux séminaires ont été organisés. Le premier séminaire était organisé à l’intention des responsables des centres de recherche. Il avait pour but de créer un cadre d’échanges entre le Ministère et les gestionnaires au quotidien des structures de recherche (unités, centres, institutions, laboratoires de recherche) sur le rôle et l’importance des statistiques R&D dans le développement durable d’un pays.  Le deuxième séminaire était organisé à l’endroit des enquêteurs pour bénéficier d’une formation sur le référentiel de collecte de données en R&D.

Ajouter quelques statistiques par ex le nombre de structures identifiées : 64 ; celles qui ont disponibilisé les données : 38 et ajouter le pourcentage correspondant ;

Quelques graphiques sur les chercheurs (702) selon la qualification, le sexe, l’âge, etc.;

Un mot +graphique sur l’EPT ;

Répartition des chercheurs suivant les secteurs(enseignement supérieur, industries, associations privées, institutions nationales de recherche)

 

Le référentiel d’enquête en question remplit les normes et standards des questionnaires internationaux (UNESCO, 2018) ainsi que celui de l’Initiative Africaine sur les Indicateurs de la Science, la Technologie et l’Innovation (IAISTI, 2016).

Tel que conçu, le questionnaire visait à avoir une meilleure connaissance des structures de recherche au Burundi, leurs capacités et ressources tant matérielles qu’humaines ainsi que les domaines de focalisation de la recherche en cohérence avec le Plan National de Développement du Burundi (PND 2018-2027). L’enquête proprement dite a été menée à travers tout le pays en deux semaines et ce, en deux périodes :

  • Une semaine à l’Intérieur du pays, du 26 au 30 Août 2019;
  • Une semaine en Mairie de Bujumbura, du 02 au 06 Septembre 2019.

L’enquête de terrain a été suivie par le dépouillement après avoir mis en place une grille de dépouillement, la transcription, l’encodage et le traitement des données ainsi que l’interprétation des résultats. Par la suite, un séminaire de restitution et de validation du rapport des résultats issus de l’enquête par les parties prenantes a été organisé.

Après cette étape, un questionnaire de l’UNESCO sur les statistiques relatives à la Recherche- Développement, données pour l’année 2018, a été rempli et transmis à l’Institut des Statistiques de l’UNESCO (ISU).

Globalement, les résultats sont représentés par la figure suivante :

En termes d’effectifs des personnels œuvrant en R&D, le genre féminin est très faiblement représentée (19,5%) ;

Avec les grades académiques, la catégorie D des sans doctorats est la plus représentée (57,7%) es personnels en R&D tandis que la catégorie C des Chargés de Cours représente 29,3% ; la catégorie B des Professeurs Associés (10,6%).  La catégorie A des Professeurs Ordinaires est la moins représentée avec  2.4%. Il se remarque aussi une très faible représentation de la femme dans chaque catégorie;

 

Les résultats montrent que par rapport au nombre d’institutions/structures de recherche préalablement identifiées, peu d’entre elles ont disponibilité des données en rapport avec la R&D. Cette situation semble révélée une culture scientifique non encore enracinée au Burundi. De plus, malgré que la recherche est la seule voie d’avancement de grade chez les enseignants de l’enseignement supérieur, le nombre réel de chercheurs reste faible par rapport au nombre d’enseignants qui interviennent dans les institutions de formations universitaires.

La figure suivante présente la répartition des personnels de la recherche selon les tranches d’âges.

Les résultats révèlent que les personnels en R&D dominés par la tranche d’âge comprise entre 35 et 44 ans avec au moins 34% du total, Suivie par celle de 45 à 54 ans avec environ 27% du total des personnels.

La tranche d’âge la moins représentée est  celle de moins de 25 ans avec moins de 0,3% d’effectifs. Les personnels  de 65 ans et plus représentent 3,4% avec 13,5% des personnels de moins de 35 ans.

La figure suivante montre la répartition des personnels par qualification et par genre.

Il s’observe une domination de la catégorie D, avec plus de 58% des personnels R&D. Elle est suivie par ceux de la catégorie C avec 29% des personnes en R&D. La catégorie B représente 10% des personnels en R&D  et, enfin 3% pour les personnels de la catégorie A.

Il y a autant pour les femmes que pour les hommes, les effectifs des personnels en R&D diminuent au fur et à mesure que les grades montent.

 

De façon générale,  le nombre de femmes dans le domaine de la R&D reste faible. Si ceci s’explique par le fait que le nombre d’enseignantes est encore inférieur au nombre d’enseignants hommes à l’enseignement supérieur, cette situation est différente de celle de l’enseignement fondamental où le nombre d’enseignantes est de loin supérieur beaucoup à celui des d’hommes. Si la R&D reste un enjeu majeur pour la croissante des pays, toutes les stratégies s’imposent pour mettre cette recherche au premier plan pour la croissance et la compétitivité de notre pays. Pour y arriver, ne faut-il pas réduire ces inégalités de sexe observées dans ce secteur pour amener tout le monde, femmes et femmes, à contribuer dans le développement de notre pays en s’impliquant équitablement dans la R&D ?

Les dépenses en R&D restent très faibles avec environs 0,114% du PIB. Le Burundi est encore loin dans la mise en œuvre de la stratégie africaine d’investir au moins 1% du PIB pour soutenir la Recherche et l’Innovation en vue de rendre plus compétitif notre pays. Une hypothèse possible est que cela peut à l’origine du faible niveau de recherche dans le pays et probablement de la faible représentativité des femmes par rapport aux hommes dans ce secteur. Une analyse des forces et des faiblesses (défis) conduit à proposer des stratégies pouvant être mises en œuvre pour améliorer ce secteur de la recherche-développement.

 

IV.1.FORCES

 

  • Existence d’une Commission Nationale en charge de la Science, la Technologie et l’Innovation (CNSTI);
  • Une expertise locale suffisante dans les structures de recherche dans presque tous les domaines prioritaires de la politique Nationale de la Recherche;
  • Adhésion du Burundi à différents ensembles politiques et organisations régionales et internationales ainsi que des engagements internationaux sous-tendant la promotion de la R&I (EASTECO, le Commissariat de l’Union Africaine en charge des Ressources Humaines, la Science et la Technologie);
  • Des structures de recherche tant publiques que privées en évolution en quantité et en qualité;
  • Une École Doctorale récemment mise en place pour assurer la relève académique et scientifique.

IV.2. DÉFIS 

 

  • Un cadre légal régissant la Science, la Technologie et l’Innovation (LOI STI) non encore disponible;
  • Un très faible investissement dans la ST&I ;
  • Une recherche encore solitaire et faible;
  • Faible représentation des femmes dans la recherche ;
  • Absence de partenariat entre les centres de recherche eux-mêmes et entre chercheurs et entrepreneurs ;
  • Absence d’annuaire statistique en R&D pour orienter le décideur dans la prise de décision;
  • Une expertise locale en matière de R&D non suffisamment mise à profit (non implication des centres de recherches dans la formulation, la réalisation et l’évaluation des projets financés par les partenaires techniques et financiers dans différents ministères;
  • Faible qualité des produits d’innovation au Burundi, ce qui limite la compétitivité;
  • Loi sur la propriété intellectuelle moins appliquée;
  • Des Innovation qui ne couvrent pas tous domaines prioritaires de la politique nationale (les innovations sont essentiellement menées en technologies agro alimentaires).

 

 

IV.3. QUELQUES STRATEGIES

 

  • Mettre en place un cadre légal en matière de Science, Technologie et Innovation;
  • Revoir à la hausse le budget alloué à la Recherche et l’innovation ;
  • Instaurer un Fonds d’Appui à la Recherche et l’Innovation;
  • Valoriser et exploiter l’expertise nationale en matière de Recherche;
  • Instaurer un système de collaboration et d’accompagnement scientifique des initiatives innovantes et créatives (études scientifiques, Procédés de transformation et conservation des produits, dosage des produits à consommer…) par des institutions/ structures de recherche spécialisées dans ce domaine afin de créer des entreprises compétitives et source d’emplois ;
  • Promouvoir et encourager les femmes à embrasser les filières scientifiques et technologiques ;
  • Motiver les femmes chercheures ;
  • Organiser des rencontres régulières d’échanges entre chercheurs, innovateurs et entrepreneurs;
  • Opérationnaliser la plateforme “Academia-Public- PrivatePartenarship » (APPP);
  • Nouer des partenariats en matière de recherche avec les partenaires techniques et financiers (PTF) ;
  • Appliquer et faire respecter la Loi sur la Propriété intellectuelle;
  • Établir des partenariats entre les centres de recherche pour se renforcer mutuellement et sortir de l’isolement ;
  • Créer une revue nationale pour la publication des résultats de la recherche ;
  • Accréditer (via la CNSTI) les centres de recherches avec une obligation de rendre compte et des modalités de fourniture des données de la recherche ;
  • Équiper, responsabiliser et redevabiliser les structures de recherche par un cahier de charges ;
  • Évaluer régulièrement les performances des structures de recherche ;
  • Mettre en compétition et primer les structures de recherche qui se sont distinguées ;
  • Créer une commission STI au parlement.

CONCLUSION

La recherche-développement est encore faible au Burundi. Cette faiblesse de la recherche semble être à la base de son faible développement. Malgré les nombreux défis que connaît le Burundi dont l’absence de Fonds alloué à la recherche, des opportunités s’observent notamment l’existence d’une expertise locale dans pratiquement tous les domaines prioritaires de la vie nationale pouvant contribuer dans le développement du pays. Dans tous les cas, des efforts sont encore nécessaires pour rendre plus vivant et attractif ce secteur de la recherche qui est d’une importance capitale dans le développement de tout pays.

 

 

 

 

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